20 Fév La vie donnée
Avec le Carême, nous venons de commencer notre traditionnel “parcours de carême”, centré cette année sur le thème de la vie, “Oui la vie est bonne !”, guidé par les textes de trois pères de l’Église : Irénée de Lyon, Tertullien et Augustin.
L’ensemble du parcours suit la logique que l’on retrouve dans leurs écrits :
- 1re semaine : la vie donnée ;
- 2e semaine : la vie blessée ;
- 3e semaine : la vie révélée ;
- 4e semaine : la vie renouvelée ;
- 5e semaine : la vie transfigurée.
Cette première semaine nous a permis d’approfondir le don de la vie. Il ne s’agit pas ici essentiellement de la vie organique, même si nous pouvons considérer que Dieu est le principe vital de chacune de nos cellules, mais de la vie dans sa dimension de plénitude : une vie de relations (avec la nature, avec les autres, en nous-mêmes et avec Dieu), une vie orientée, qui prend son sens dans le projet de bonheur et de salut que Dieu lui a donné dès la création.
Puisque la vie nous est donnée, nous ne pouvons réellement en profiter que si nous la recevons comme un don et si nous cherchons à lui donner cette plénitude à laquelle elle aspire.
Cette plénitude se trouve en Dieu nous dit Irénée : même si Dieu peut nous paraître lointain, il se donne à connaître au fil de la révélation, et de manière plus décisive en Jésus. Or pour profiter vraiment de la vie, nous avons besoin de “voir Dieu” pour nous ajuster à Dieu, pour que nous puissions retrouver cette ressemblance qui a été défigurée par l’expérience du mal et du péché et pour participer à la vie-même de Dieu.
Pour Irénée, la longue histoire du salut (ce qu’il appelle “l’économie” du salut, c’est-à-dire son plan divin pour nous sauver), a pour but d’accoutumer l’homme à la vision de Dieu, de telle sorte que l’humanité puisse aller librement vers son bonheur. C’est aussi le parcours de chacune de nos vies, qui, consciente de sa fragilité, peut se renforcer progressivement au point de devenir éternelle en Dieu.
Saint Irénée résume cela dans une très belle formule :
“La gloire de Dieu c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme c’est la vision de Dieu”. Dieu, qui ne cesse de nous donner la vie, souhaite que nous puissions la faire pleinement fructifier, mais nous ne pourrons la faire pleinement fructifier qu’en cherchant à vivre la communion avec le Christ.
Contrairement à ce que pourrait laisser croire une vision austère et pessimiste, la vie spirituelle ne consiste donc pas à renoncer à tout ce qui est bon, à tout ce qui nous rend heureux, à tout ce qui nous donne de la joie, mais au contraire à accueillir cet épanouissement comme étant naturel et voulu par Dieu. Oui, la vie est bonne, parce qu’elle est un don merveilleux de Dieu qui transforme chacune de nos vies en une aventure qui nous tourne vers Dieu et vers les autres.
C’est la raison pour laquelle, face à Marcion qui considérait la création comme mauvaise, voulue par le Dieu justicier de l’Ancien Testament, Tertullien insiste tant sur la bonté de Dieu dont témoigne, dès le départ, la création: “Dieu vit que cela était bon” affirme la Genèse à la fin de chaque jour de création (Gn 1). La bonté de la création — et à travers elle, la bonté de Dieu — se reflète dans une diversité où les contraires se complètent (le jour et la nuit, le ciel et la terre, le mâle et la femelle, l’arbre de la vie et l’arbre de la mort). Dieu est juste et bon, parce qu’il nous offre une vie qui n’est pas monocorde ou monotone, il nous donne une vie que nous devons construire dans la complémentarité de nos différences.
Voici quelques questions qui peuvent nous permettre d’approfondir notre réflexion sur la vie donnée par Dieu :
· Que signifie pour nous « être en vie », est-ce seulement exister ?
· Comment faisons-nous l’expérience de la proximité de Dieu dans notre vie quotidienne ?
· Percevons-nous une révélation progressive de Dieu, une “économie du salut”, dans l’histoire de l’humanité et dans notre propre histoire ?
· Dans quelle mesure participons-nous à la vie de Dieu ? En quoi cette participation nous aide-t-elle à vivre ?
· Est-ce que l’expression “Voir Dieu” nous parle ? À quoi cela renvoie-t-il dans notre vie spirituelle ?
Henri de La Hougue