20 Mar La vie renouvelée
Nous poursuivons notre parcours de carême “Oui, la vie est bonne« .
Après la “vie donnée” (la vie comme création continue), la “vie blessée” (l’expérience du mal et du péché), la “vie révélée” (Dieu qui vit en nous) nous abordons cette semaine “La vie renouvelée” avec la place centrale de l’Eucharistie qui vient sans cesse renouveler en nous la vie de Dieu.
La communion au Corps du Christ est un moment d’intimité partagée avec le Christ, qui se rend présent à nous et vient nous soutenir dans tout ce que nous portons. Les textes de saint Irénée et de saint Augustin, qui nous sont proposés cette semaine, nous invitent cependant à creuser davantage la communion, sous l’angle d’une participation à la vie même de Dieu: “Celui qui me mange vivra par moi” dit Jésus (Jn 6, 57).
Que signifie cette insistance ? Elle montre la continuité entre la vie donnée par la création et la vie révélée par le Christ. Le Christ nous sauve :
- non pas en effaçant tout et en recommençant à partir de rien, mais en partant de nos vies existantes, avec leurs beautés et leurs faiblesses, pour les assumer, leur donner part à la vie divine et leur conférer ainsi une plénitude ;
- non pas en donnant simplement l’éternité à l’âme, mais en sauvant aussi la chair : nous sommes intégralement sauvés, avec tout ce que nous sommes, parce que le Christ vient partager notre chair pour nous donner part à la vie divine.
C’est pour cette raison, dit saint Irénée, que le Christ, à Cana, ne crée pas du vin à partir de rien, mais utilise l’eau pour la changer en vin, ou encore qu’il utilise les pains existants pour les multiplier : il vient renouveler la création, limitée, mais déjà bonne en soi, pour lui donner une dimension d’éternité.
Le Christ rend le Père visible et compréhensible pour que nous puissions l’accueillir dans notre chair, avec toutes les relations qui nourrissent notre vie depuis notre naissance. Notre “vie d’avant” n’est pas effacée, mais elle est renouvelée par cette présence divine.
Le Christ donne la vie en s’offrant totalement à l’humanité : son sang versé pour nous vient régénérer notre propre sang ; son corps livré vient fortifier et affermir la substance de notre propre chair jusqu’à lui donner accès à la vie éternelle.
Saint Augustin insiste aussi sur la dimension corporelle de notre salut : nous sommes sauvés dans notre esprit et dans notre corps, car le Christ nous a donné non seulement son Esprit, mais aussi son corps : “le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde” dit-il (Jn 6,51).
Non seulement le Christ vient nous vivifier dans tout ce que nous sommes, mais il vient encore nous “incorporer” en lui : tous ceux qui vivent de l’Esprit du Christ, forment le Corps du Christ. Et puisque nous formons un seul corps avec lui, l’eucharistie renouvelle non seulement notre vie individuelle, mais aussi notre vie communautaire et ecclésiale. Le Christ qui se donne à nous par sa bonté, nous unit au Père et nous lie les uns aux autres par le lien de la charité.
Quelques questions pour nous aider à approfondir ce thème :
- Comment l’Eucharistie vient-elle renouveler en nous la vie ?
- Comment comprenons-nous les paroles de la consécration : “Ceci est mon corps livré pour vous” ; “Ceci est mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude” ?
- Comment l’Eucharistie construit-elle le corps du Christ? En participant à l’Eucharistie, avons-nous conscience de participer à l’ensemble du mystère chrétien, et d’être réuni à l’entièreté du Corps du Christ ?
Henri de La Hougue
La Résurrection de Lazare, Le Guerchin, Louvre, Département des Peintures, INV 77 ; MR 258