16 Jan L’apostolat de la bonté
Nous fêtons ce dimanche le saint patron de notre paroisse, saint Sulpice, qui fut évêque de Bourges de 624 à 647. Parce que la tradition a voulu le distinguer des autres saints Sulpice (notamment un autre évêque de Bourges mort en 591, un martyr décapité sous l’empereur Trajan en 117 et un évêque de Bayeux martyrisé en 843), elle a retenu deux qualificatifs pour le désigner : “Sulpice le pieux” et “Sulpice le bon”.
C’est parce qu’il est bon que Sulpice décide de rester jusqu’à 40 ans au service de la ferme de ses parents, alors qu’il désirait devenir moine.
Sa réputation de bonté, sa vie de prière et son attention aux pauvres étaient telles que son évêque, le futur saint Outrille, le fait venir à l’évêché, l’ordonne diacre et le nomme responsable de la Maison épiscopale, de l’assistance aux pauvres et directeur de l’école cathédrale. Quelques années plus tard, il est ordonné prêtre et lorsque Outrille meurt en 624, c’est le “bon Sulpice” que tout le peuple réclame comme évêque.
En 1909, Charles de Foucauld, qui vit au milieu des Touaregs et cherche à témoigner de sa foi dans un contexte non chrétien, écrit dans son journal :
« Mon apostolat doit être l’apostolat de la bonté. En me voyant, on doit se dire : “puisque cet homme est si bon,
sa religion doit être bonne”. Si l’on demande pourquoi je suis doux et bon, je dois dire : “parce que je suis le serviteur d’un bien plus bon que moi. Si vous saviez combien est bon mon maître Jésus ! ” Je voudrais être assez bon pour qu’on dise : “si tel est le serviteur, comment donc est le maître ?” »
Nous vivons dans un monde marqué par la dureté, où le conflit devient un mode habituel de communication entre les États, entre les corps sociaux, et même parfois au sein des familles. Comme l’Église est dans le monde et qu’elle n’est pas étanche, elle est aussi parfois marquée par cette dureté. Le moyen de résister à cette dureté, c’est l’apostolat de la bonté auquel nous sommes naturellement appelés en tant que disciples de saint Sulpice.
Si la bonté est naturelle quand elle est ponctuelle et manifestée à des personnes que l’on aime, elle ne l’est pas, lorsqu’elle cherche à être une attitude permanente dans un monde marqué par la dureté. L’exercice de la bonté devient une école de patience, d’exigence, de contemplation de la bonté reçue de Dieu et de décentrement de soi.
Oui, la bonté est un véritable apostolat, une mission d’évangélisation dont le monde a immensément besoin aujourd’hui et qui répond à l’un des commandements principaux de Jésus :
“c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra comme mes disciples” (Jn 13,35). Tant pis si certains nous accusent de naïveté, tant pis si cela nous empêche d’être accueillis parmi les durs qui régissent la société…
L’apostolat de la bonté a l’avantage de pouvoir s’exercer chaque jour, auprès de toutes les personnes, dans les plus petites choses comme dans les grandes. Il est discret, il est mesurable (chaque jour on peut se réjouir d’avoir fait telle bonne action) et comme tel, il nous aide à progresser vers la sainteté dans la mesure où nous avons conscience que l’amour de Dieu est premier et que c’est la bonté de Dieu qui nous aide à devenir bon à notre tour.
Henri de La Hougue