06 Fév Lorsque vient l’épreuve de la maladie
Quelques jours avant son décès, un prêtre atteint d’un cancer, à qui j’allais rendre visite à l’hôpital, me dit : « beaucoup de gens prient pour que je guérisse, il y a même des chaînes de prières qui sont organisées, mais moi, je ne sais pas très bien ce que ça veut dire pour moi : “guérir”. Après ce que j’ai vécu – il faisait allusion aux transformations physiques (plusieurs opérations successives en 2 ans, une diminution progressive des forces, et au moment où je l’ai visité, une très grande maigreur, liée à une incapacité à se nourrir normalement…), mais aussi à son chemin d’acceptation progressive de ne plus pouvoir travailler ou vivre une vie “normale” – je ne me vois pas revenir à la vie d’avant. Peut-être que pour moi, la guérison, c’est d’accepter de vivre ce que j’ai à vivre dans la paix ? »
En ce week-end de la Santé, alors que plusieurs d’entre nous reçoivent ce dimanche le sacrement des malades, je vous fais part humblement de quelques réflexions sur la manière de vivre dans la foi ces moments éprouvants où la santé physique et/ou psychique se met à décliner, où l’expérience du mal et de la souffrance que nous avions pu accompagner chez d’autres vient nous affecter personnellement.
Il me semble qu’il y a d’abord ce moment assez normal où les débuts de l’épreuve nous accaparent, parce qu’il faut trouver de nouveaux rythmes de vie, renoncer à de nombreuses activités, mettre en place les protocoles de soins, apprendre à vivre avec une dépendance, avec la douleur, trouver des nouveaux repères. Ce moment correspond parfois à un temps de révolte légitime contre ce qui nous arrive et parfois aussi contre Dieu, avec le sentiment d’une injustice, surtout si cela arrive soudainement.
Puis vient le temps où la maladie et la dépendance s’installent et où nous apprenons à vivre avec ; c’est à ce moment-là que peut se vivre un cheminement dans la foi.
- Il s’agit d’abord de réaliser que le Christ est bien présent à nos côtés. Ce qu’a vécu le Christ dans sa passion, dans son abandon par ses compagnons, dans ses souffrances jusqu’à sa mort et sa résurrection peut prendre alors un nouveau sens dans ce compagnonnage. Le Christ vient nous aider à porter notre faiblesse.
- Commence alors un travail d’acceptation et d’abandon, entre les mains de Dieu, de notre vie dans toutes ses dimensions. Tous les petits consentements à l’abandon que nous avons pu vivre dans les épreuves de notre vie, ou en prenant de l’âge, nous y aident. Il ne s’agit pas d’une résignation (“il faut bien passer par là !”), mais d’un abandon confiant (“C’est en toi Seigneur que je remets désormais ma vie !”).
- Plutôt que de regarder ce que nous n’arrivons plus à faire, nous sommes invités à rendre grâce pour tout ce que nous avons pu faire et pour ce que nous pouvons encore faire.
- C’est le temps d’une double solidarité : solidarité avec tous ceux qui souffrent autour de nous et dans le monde, dont nous prenons existentiellement davantage conscience ; et solidarité qui consiste à accepter la dépendance, à accepter d’être aidé. Un temps où on apprend aussi à aimer en se laissant aimer. La prière devient le principal moteur de cette solidarité, et même si la fatigue nous empêche de prier comme avant, les formulations les plus simples du “Notre Père”, du “Je vous salue Marie” suffisent pour exprimer notre communion avec Dieu et avec les autres.
- C’est aussi le temps de l’espérance car nous continuons le chemin avec le Christ vers le Père. Et même lorsque notre esprit devient confus nous savons qu’à travers nos formulations maladroites, c’est l’Esprit Saint qui prie et crie en nous “abba père !” (Rm 8,15).
Pour nous aider à vivre ce chemin, il y a bien sûr le sacrement des malades, mais aussi l’eucharistie que nous pouvons recevoir à domicile lorsque nous ne pouvons plus nous déplacer. N’hésitons pas à demander ce service aux chrétiens qui nous entourent ou à la paroisse. Visiter les malades, leur porter la communion est aussi pour ceux qui ont la chance d’être en bonne santé, un moment privilégié de communion et de prière avec eux.
Henri de La Hougue
Venez nombreux, le dimanche 8 février à 11h, pour entourer les malades de notre communauté et les soutenir de votre amitié et de votre prière.