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Un autre regard sur l’Iran

Un autre regard sur l’Iran

Alors que la guerre sévit contre l’Iran, que M. Trump a menacé d’anéantir la civilisation iranienne en une nuit, je souhaiterais profiter de cet « édito de vacances » pour vous parler de quelques aspects de ce pays que j’aime beaucoup. Car l’Iran n’est pas réductible au système politico-religieux qui le gouverne. L’Iran est un pays très vaste (3 fois la taille de la France) qui compte 90 millions d’habitants, aux paysages magnifiques comprenant la mer, la montagne (le mont Damavand culmine à 5610 m) et des grandes zones désertiques.

La civilisation perse a eu un grand impact dans la Bible : on lui doit Cyrus, désigné comme le Messie par Isaïe car il a libéré le peuple d’Israël de l’exil à Babylone et a favorisé son retour à Jérusalem et la reconstruction du temple ; Suse est la ville de Daniel et aussi celle du livre d’Esther ; les prêtres zoroastriens sont appelés “mages” et ont influencé la figure des mages de l’Évangile.

La dynastie safavide nous a laissé depuis le 16e siècle des merveilles d’architecture, qui culminent à Ispahan, et a développé, avec le chiisme duodécimain, une grande religion ouverte aux arts, aux sciences et à la philosophie. Les Pahlavi, au pouvoir de 1925 à 1978 ont entrepris une modernisation et une laïcisation du pays, souvent à marche forcée, qui a finalement abouti à la république islamique proclamée par l’Ayatollah Khomeini en 1979.

Ma longue amitié avec Saeed, un religieux chiite, m’a permis de rencontrer de très nombreux responsables religieux à Téhéran au cours de mes 5 voyages en Iran, y compris dans les deux principales villes religieuses Qom et Mashhad. J’ai découvert chez la plupart d’entre eux une grande ouverture culturelle et intellectuelle. J’ai même été invité à faire la prédication dans une grande mosquée de Téhéran, devant 1000 personnes.

J’ai été impressionné de visiter “l’université des religions” dans la ville de Qom, dont la bibliothèque, abrite nombre de livres contemporains sur le christianisme, l’Église catholique et l’exégèse biblique. Le catéchisme de l’Église catholique a été traduit en persan par un de ses professeurs, ainsi que la « Cité de Dieu » de Saint Augustin. J’ai aussi pu passer une journée avec les étudiants musulmans, qui faisaient un doctorat en christianisme, pour parler avec eux de l’interprétation des Écritures.

La très grande majorité des religieux sont contre le pouvoir théocratique et lorsque l’ayatollah Khomeini et son successeur Ali Khamenei ont voulu être reconnus comme Marja’ (le plus haut niveau religieux dans le chiisme duodécimain), aucun des autres marja’ n’a accepté de leur conférer ce titre. La plupart considèrent en effet, à l’instar du marja’ irakien Ali al-Sistani, que les religieux ne doivent pas se mêler directement de politique car cela entraîne les abus actuels du pouvoir en Iran ou au sein du Hezbollah.

Les iraniens ont développé un beau système éducatif mettant en avant l’importance de la culture et des relations humaines avec, pendant longtemps, des universités de très haut niveau dans de multiples domaines : tout cela est miné par le pouvoir politico-religieux, mais aussi par les embargos occidentaux successifs qui appauvrissent l’Iran et les iraniens depuis 47 ans. 

Les abus de pouvoir et de surveillance du gouvernement actuel sont extrêmement difficiles à supporter pour la plupart des iraniens, mais cette guerre israélo-américaine contre l’Iran est loin d’arranger les choses, puisqu’elle ne fait qu’accroître l’appauvrissement du pays et de ses habitants, sans leur donner aucun espoir de libération. Ne les oublions pas dans notre prière.

Henri de La Hougue