L’Alliance de Dieu

L’Alliance de Dieu

Le début du livre de la Genèse s’interroge sur le projet de Dieu lorsqu’il a créé le monde : « Si Dieu est bon et qu’il a créé l’homme à son image, pourquoi y a-t-il de la souffrance et de la mort ? ». La conclusion est que Dieu a bien créé un monde bon, où l’homme vit librement, mais que l’humanité est tellement marquée par l’expérience du péché, que l’injustice et la criminalité dominent le monde.

Pour éviter cela, Dieu a deux solutions :

– Soit empêcher ceux qui font le mal de nuire définitivement. C’est la solution du déluge. Mais les dégâts sont énormes car sauf quelques rares exceptions (8 personnes seulement dit la deuxième lecture), l’humanité tout entière a été vouée à la mort. Or Dieu ne veut pas la mort des hommes. Il a créé l’homme pour qu’il vive. Dieu fait donc le serment (1ère lecture) de ne plus détruire l’humanité.

– Mais si Dieu ne détruit pas l’humanité pécheresse et ne veut pas non plus la priver de sa liberté, l’unique autre solution possible, est de l’inclure dans une alliance d’amour, en espérant que l’amour donné inlassablement, finira par produire une conversion des cœurs. C’est le choix de Dieu après le déluge : « oui j’établis une alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge ».

Mais l’histoire biblique montre que le péché demeure tenace et que Dieu a beau multiplier les signes d’alliance, le mal est toujours présent dans notre monde, jusqu’à aujourd’hui. Et ce mal, nous en sommes tous complices à plus ou moins grande échelle. Comment peut-on espérer ce changement radical de l’humanité auquel Dieu nous appelle, sans pour autant être privés de notre liberté ?

Tous les livres de la bible en font le constat : nous n’y arrivons pas par nous-mêmes : nous avons besoin d’être sauvés pour envisager, après notre vie terrestre, un monde dans l’au-delà où, tout en demeurant profondément libres, nous ne ferons que le bien. Nous avons besoin d’être suffisamment unis à Dieu, pour que ses projets puissent devenir nos projets, pour que son amour pour les hommes puisse rayonner sur nous au point que nous soyons spontanément capables de faire le bien plutôt que le mal.

Qui peut nous sauver ?

Il y a bien eu des prophètes et des lois, mais ça n’était pas suffisant.

Pour Pierre, dans la 2ème lecture, il fallait un messie, parfaitement juste, capable d’être solidaire avec l’humanité jusque dans la souffrance et dans la mort, qui soit vainqueur de la mort et puisse nous « introduire auprès de Dieu » après notre résurrection.

Au fond pour Pierre, l’arche de Noé est un symbole du baptême que le Christ nous propose : alors que rien ne nous permettrait par nous-mêmes de sortir de notre péché et de la mort, le baptême proposé par le Christ est comme l’Arche de Noé dans laquelle nous pourrions monter pour être préservé de la mort. Mais nous ne serions plus 8, mais la foule de tous ceux qui acceptent d’être sauvés par le Christ.

L’évangile de Marc reprend la même idée en « ultra condensé » ; je le décrypte phrase par phrase :

– « Jésus venait d’être baptisé » : il venait de montrer qu’il est solidaire de notre condition pécheresse

– « Il est poussé par l’Esprit au désert » : c’est le lieu de la vérité ; le lieu où rien ne nous empêche d’être à l’écoute de Dieu, mais où rien ne nous cache nos propres limites.

– « il resta 40 jours tenté par Satan » : il est confronté au mal et à la tentation parce qu’il est humain comme nous.

– « Il vivait parmi les bêtes sauvages et les anges le servaient » : cela signifie que Jésus résiste au mal parce qu’il est Dieu parmi nous : c’est une allusion à Isaïe 11 où il est dit que, puisque le Messie sera vainqueur du mal : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. […] Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ».

– « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche ». Pour Marc c’est clair : le Christ est bien celui qui vient nous sauver. C’est le sens de sa prédication. Grâce au Christ, le Royaume de Dieu est à nouveau accessible.

– « Convertissez-vous et croyez à l’évangile ». Il nous reste à accueillir cette bonne nouvelle et à la mettre en œuvre dans notre vie.

C’est ce qui nous est proposé en ce début de carême. Cette phrase « convertissez-vous et croyez à l’évangile » nous a été dite mercredi au moment où nous avons reçu les cendres. Nous sommes invités à sortir un peu de nos mille préoccupations quotidiennes pour réfléchir au projet de salut que Dieu a pour chacun et chercher à y répondre de manière renouvelée.

Que la contemplation de la vie du Christ donnée pour nous, à travers sa passion et sa mort sur la croix, puisse nous toucher en profondeur et nous aider à entrer dans sa propre logique d’amour pour les hommes.

Père Henri de La Hougue