Les vendeurs chassés du temple

Les vendeurs chassés du temple

A part la passion, il y a peu de scènes de l’évangile qui soient racontées par les 4 évangélistes : la scène des vendeurs chassés du temple en fait partie et il me semble important de comprendre quelle est sa signification. Comment comprendre ce geste de Jésus, lui qui nous a habitué à la non-violence ?

Un geste prophétique

Pour justifier cette action violente, on a parfois considéré comme cela comme une sainte colère. En réalité, ce pas un geste provoqué par la colère ; il n’y a pas de volonté de destruction ou de provocation politique, mais c’est un geste prophétique, c’est-à-dire un geste symbolique qui devient le sujet d’un débat et qui interpelle la foule. Les prophètes faisaient des gestes provoquants devant tout le monde, pour que les gens en parlent et cherchent la signification.

Par exemple, Jérémie qui vivait pauvrement, achète une belle ceinture de lin, la porte quelques jours, puis va la mettre dans la rivière et la laisse pourrir pendant quelques mois, puis la montre au peuple : elle est toute pourrie : le peuple lui demande ce que ça signifie et il déclare que Dieu lui a demandé de dire au peuple qu’il est comme cette ceinture : un peuple plein de talent, que Dieu portait sur ses reins et qui s’est laissé pourrir par le péché. (Jr 13, 1-17)

Comprendre le texte au 1er degré

Il n’aura sans doute pas fallu longtemps pour remettre les étals des vendeurs et des changeurs en place, mais du coup, tout le monde essaie d’en comprendre le message. Comment comprendre ce geste de Jésus ? On peut y voir 3 significations au 1er degré et une au 2ème degré. Les deux niveaux se complétant.

  1. Jésus veut abolir les sacrifices animaux, dans la lignée des prophètes qui appellent à préférer aux sacrifices d’animaux un cœur contrit, une vraie conversion et le partage avec les pauvres
  2. Jésus se dresse contre les abus d’un culte qui est devenu trop technique et trop commercial : avec les vendeurs et les changeurs, le temple a perdu sa dynamique spirituelle et son climat de prière.
  3. L’agrandissement du temple avait commencé sous Hérode-le-grand, 46 ans plus tôt et qui était à peu près terminé à l’époque de Jésus. Les gens venaient de toute la région admirer la construction, les pierres d’ornementation et les ex-voto. Ils admiraient l’extérieur sans toujours voir la finalité ultime de ce temple qui est une maison de prière et non un monument à la gloire d’Hérode.

Jésus renvoie le peuple à la signification profonde  et ultime du temple. Imaginez que le toit de Notre-Dame soit restauré magnifiquement grâce aux dons de milliers de personnes, puis, qu’une fois restauré, tout le monde s’extasie devant la restauration, mais plus personne ne se soucie du culte qui s’y vit et de la signification spirituelle de la cathédrale à Paris.

Comprendre le texte au au 2nd degré

Voilà pour les explications au 1er degré, mais Jésus aborde un 2ème degré quand il donne à cet acte prophétique une signification sur sa propre mission et sur le salut qu’il veut donner au peuple : comme il l’explique à la samaritaine, le véritable temple, c’est là où on prie en esprit et en vérité.

  • Or l’humanité de Jésus est le lieu de la présence et de la manifestation de Dieu: c’est en l’accueillant dans nos vies que l’on peut se mettre vraiment en présence de Dieu. Il est donc le véritable temple.
  • Les autorités du temple sont choquées par le geste de Jésus, mais Jésus leur explique qu’en cherchant à le condamner à mort, les chefs des prêtres vont saccager le véritable temple car ils vont rejeter la présence de Dieu au milieu de son peuple.
  • En ressuscitant le troisième jour, il va rétablir le temple définitif, la présence de Dieu au milieu de son peuple et pour toutes les nations.
  1.  

Cette réflexion de Jésus au 2ème degré est difficile à saisir, même pour ces disciples, combien plus pour ceux qui ne veulent pas accueillir Jésus comme le Messie. Il faudra attendre la résurrection pour que les disciples comprennent cette phrase prophétique.

Quelle signification pour nous aujourd’hui?

Et pour nous aujourd’hui, comment recevoir cet évangile, en ce 3ème dimanche de carême :

  1. Une réflexion extérieure sur la vocation de notre église Saint-Sulpice où beaucoup de personnes viennent admirer l’architecture, les peintures, écouter la musique de l’orgue ou des concerts… comment sommes-nous toujours attentifs à ce que tout cela soit toujours au service de la rencontre entre les personnes qui viennent et Dieu ? Beaucoup d’entre nous y travaillent, notamment ceux qui sont engagés dans Art Culture et foi, ou à l’AROSS (Association pour le Rayonnement des Orgues de Saint-Sulpice), ceux qui s’investissent pour la mise en valeur de notre chapelle Saint Joseph… et je les remercie. Comment pouvons-nous profiter d’une telle richesse pour grandir dans notre relation à Dieu et faire grandir les autres ?
  2. Une réflexion sur notre propre culte, notre propre démarche de prière : quels sont ces « vendeurs et ces changeurs » qui dans notre vie spirituelle font obstacle à une relation approfondie avec Dieu ? Quelles sont ces choses, pas nécessairement mauvaises en soi, mais qui accaparent notre temps et nous empêchent d’approfondir notre amour de Dieu et des autres ? Qu’est-ce qu’il reste encore à purifier dans notre relation à Dieu ?
  3. Si le Christ est le véritable temple, comment accueillir le Christ de telle sorte qu’il nous permette d’être avec Dieu à chaque instant de nos vies, qu’il n’y ait pas dans notre vie un cloisonnement entre les moments où nous pensons à lui et les moments où nous ne pensons pas à lui ?
  4. Puisque le corps de Jésus est son temple et que nous avons accueilli le Christ en nous, nos propres corps sont invités à être à leur tour les temples de l’esprit : comment entretenons-nous spirituellement, psychologiquement et physiquement le corps que Dieu nous a donné, pour qu’il devienne un lieu d’éclosion de l’œuvre de l’Esprit-Saint et rayonne de la présence de Dieu autour de nous ?
  5. Enfin, puisque nous nous approchons de la semaine sainte, cet évangile est une invitation à méditer la passion en étant attentif à cette dimension : lorsque le Christ meurt, c’est la présence de Dieu dans notre humanité qui est rejetée et lorsqu’il ressuscite c’est la présence de Dieu dans notre humanité qui est restaurée.