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Marie dans le dialogue

Marie dans le dialogue

Il y a 15 jours, j’ai proposé, dans l’édito, de profiter de la nouvelle année pour laisser une plus grande place à Marie dans notre vie spirituelle. En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, je voudrais préciser quelques repères pour mieux comprendre les enjeux des différences d’appréciation entre catholiques et protestants sur la Vierge Marie.

Plutôt que de se contenter de caricatures du type « Les protestants ne croient pas à la Vierge Marie ! », il est plus intéressant de mieux comprendre ce qui nous sépare exactement et aussi ce qui peut nous rassembler.

Il faut d’abord repérer qu’au moment de la réforme, la mariologie est beaucoup moins développée qu’aujourd’hui dans le christianisme. L’Immaculée Conception et l’assomption ne sont pas définies dogmatiquement et la mariologie n’est pas un point de clivage au début de la réforme. Chez Luther, les principales fêtes mariales sont maintenues, même si après 1522, il ne conserve que celles qui ont un fondement dans l’Écriture : l’Annonciation, la Visitation et la Purification (= présentation de Jésus au temple).

 

Zwingli, fondateur de l’église protestante de Zurich, conserve les fêtes de la purification, de l’Annonciation et de l’assomption de Marie. Calvin, lui, supprime toutes les fêtes mariales, comme celle de tous les saints.

La conception virginale et la virginité perpétuelle de Marie ne sont remises en cause par aucun des fondateurs du protestantisme et le rôle de Marie comme « Mère de Dieu » est affirmé par tous.

Leurs mariologies insistent bien sur ces traits humains de Marie : elle est une créature pleinement humaine, écoutante de la parole de Dieu et disponible pour accueillir la grâce, le don de Dieu. En ce sens, elle est « comblée de grâce » (Lc 1, 28). Elle répond pleinement à ce don par sa foi, son obéissance, son humilité, son service.

Marie a donc une place particulière dans le dessein de Dieu : elle est exemplaire, comme le rappelle le commentaire de Calvin en 1555 sur Lc 1, 42.45 « Aujourd’hui nous ne pouvons pas magnifier la bénédiction qui nous a été apportée par le Christ, sans qu’il nous souvienne, en même temps, de l’excellent privilège que Dieu a fait à Marie, la prenant pour être mère de son Fils unique… Maintenant elle est nommée bienheureuse car, en recevant par la foi la bénédiction qui lui était offerte, elle a ouvert le chemin à Dieu pour accomplir son œuvre »1.

Par contre, ces mariologies écartent toute coopération de Marie à la rédemption, ainsi que tout rôle d’intercession de sa part ; le Christ est le seul médiateur ; les chrétiens ne vont pas au Christ par l’intermédiaire de Marie ou des saints ; ils ont accès au Christ dont l’intercession est suffisante. Cela n’a donc pas de sens de demander à Marie ou à des saints d’intercéder pour nous, puisque l’intercession du Christ suffit.

 

Durant le 19è et le 20è siècle, le développement de la piété mariale dans le catholicisme avec notamment l’affirmation dogmatique de l’Immaculée Conception (1854) et de l’Assomption (1950) va durcir le débat entre catholiques et protestants, même si le contenu dogmatique de ces deux fêtes était partagé par les réformateurs, comme nous l’avons souligné. L’idée même d’établir des dogmes qui n’ont pas de fondements scripturaires est pour le protestantisme une hérésie et l’idée de développer une mariologie indépendamment d’une ecclésiologie n’a pas de sens. Heureusement, le Concile Vatican II a un peu apaisé les tensions en parlant de la Vierge Marie au sein de la constitution sur l’église et non pas indépendamment.

En 1997 et 1998, un groupe de théologiens catholiques et protestants, appelé groupe des Dombes, a publié un document intitulé « Marie, dans le dessein de Dieu et la communion des saints », dans lequel les théologiens s’interrogent ensemble sur ce qui, dans la doctrine sur Marie, appartient à la nécessaire unité de la foi chrétienne, ce qui peut faire l’objet de différences légitimes et dans quel esprit ces différences peuvent être acceptées de part et d’autre. Les points de différences sont abordés en toute franchise avec aussi, au sein même des églises protestantes, certaines divergences de positions. Le document invite ensuite à des conversions dans le regard porté sur l’autre et dans nos propres pratiques en concluant qu’en dépit de réelles divergences théologiques et pratiques, ce que nous transmet le symbole de la foi est unanimement reçu.

Que pouvons-nous retenir de ce bref rappel historique ?

  1. Il n’y a pas de divergence fondamentale de foi entre catholiques, protestants et orthodoxes concernant la Vierge Marie. C’est très important de le rappeler.
  2. Les traditions protestantes, d’une manière générale, n’ont pas de culte aux saints ou à la Vierge Marie, considérant que l’intercession du Christ suffit.
  3. Les catholiques n’ont pas de difficulté à accepter cette absence de spiritualité mariale, que l’on retrouve par exemple chez Saint Paul, lequel ne mentionne qu’une seule fois, et de manière implicite, la mère de Jésus (Ga 4,4). En ce sens, ils ne doivent jamais considérer que l’absence de dévotion mariale dans le protestantisme soit un obstacle à la foi chrétienne.
  4. Le magistère de l’Église catholique a toujours été attentif à ne pas considérer Marie comme une « corédemptrice » ou ne pas la placer à l’égal du Christ. La dévotion et le culte à Marie sont une aide pour aller vers le Christ. Dans son discours de clôture de la 3è session du Concile Vatican II (21/11/1964), le pape Paul VI le rappelle : « Surtout nous désirons vivement que ceci soit placé en pleine lumière : à savoir que Marie, humble servante du Seigneur, regarde tout entière vers Dieu et le Christ Jésus, notre unique médiateur et rédempteur. Et également nous désirons que soit très clairement explicité de quelle vraie nature est le pouvoir du Culte et ce vers quoi tend le culte dû à la Vierge Marie, principalement dans les régions où habitent de nombreux frères séparés de nous, de sorte que tous ceux qui vivent hors du sein de l’Église catholique comprennent clairement que la piété envers la Vierge mère de Dieu ne s’arrête pas à elle-même mais doit être considérée comme une aide, qui par sa nature propre conduit les êtres humains au Christ et les unit au Père éternel des deux, dans le lien de l’amour de l’Esprit Saint. »
  5. Du point de vue catholique, le culte et la dévotion mariale ne sont donc pas des vérités à faire valoir contre le protestantisme, mais sont une aide et une chance pour approfondir les mystères de la foi chrétienne et accueillir le Christ dans notre vie. En contemplant la manière dont Marie a accueilli le Christ dans sa vie, nous pouvons l’accueillir dans la nôtre.

C’est le sens de la prière de Jean-Jacques Olier : « Ô Jésus, vivant en Marie, viens vivre en nous ! »

 

Henri de La Hougue