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Une unité à construire

Une unité à construire

Plusieurs d’entre vous m’ont interrogé cette semaine sur le sens de certaines interventions de l’autorité ecclésiale : restriction de l’usage de la messe tridentine, suspension des ordinations à Toulon, mise au point par l’évêque de Toulouse sur le port de la soutane… N’y a-t-il pas là, me demandaient-ils, un tour-de-vis contre les catholiques de sensibilité traditionnelle, sous l’influence du pape François ?


Sans vouloir entrer dans le détail des différentes affaires, il me semble que l’on peut donner quelques éléments d’éclaircissement qui nous éviteront de tomber dans le piège d’une vision dualiste qui interpréterait ces interventions à l’aune d’une lutte de pouvoir entre progressistes et traditionalistes.


Le premier élément important à repérer est la difficile construction de l’unité dans un monde hyperconnecté mais qui, paradoxalement, fonctionne de plus en plus en réseaux fermés : on n’est plus obligé de s’entendre avec son voisin, puisque l’on peut se retrouver en réseau avec celui qui pense comme nous.
Or l’unité de l’Église catholique, qui est une force absolument remarquable et unique (1,3 milliard de fidèles sur 2,5 milliards de chrétiens dans le monde) est sans cesse à construire pour ne pas être désagrégée dans la diversité des sensibilités qui la composent.
Cette unité n’est jamais acquise une fois pour toutes, elle doit se vivre en tension entre, d’une part, la richesse de ses sensibilités différentes et, d’autre part, le nécessaire rattachement aux principes unificateurs qui la régissent (dont la liturgie).
Un profond désir d’unité a poussé le pape Benoît XVI à favoriser, dans les diocèses, la possibilité de célébrer dans la forme du missel de 1962, afin que ceux qui étaient attachés à ce rite ne soient pas poussés à rejoindre définitivement l’église traditionaliste schismatique fondée par Mgr Lefebvre. Ce même désir d’unité a poussé le pape François à limiter l’usage de ce même rite en voyant qu’il se développait chez des personnes qui n’avaient jamais connu le Concile et risquait de devenir une sorte de deuxième rite habituel qui menaçait l’unité de certaines communautés.


Le deuxième élément à repérer est la difficulté du discernement et de la formation des clercs dans un contexte où ils sont devenus des “perles rares”. L’évêque de Toulon a toujours porté le souci d’accueillir un grand nombre de séminaristes, de sensibilités assez différentes, et aux parcours variés, parfois complexes. La difficulté, dans ce cas, est de s’assurer que leurs aptitudes (pastorale, humaine, intellectuelle et spirituelle) aient été vérifiées, de manière suffisamment longue et objectivée, surtout lorsqu’un séminariste avait été précédemment renvoyé d’un autre séminaire. Ce n’était apparemment pas toujours le cas à Toulon.
Les responsables de la formation des séminaristes doivent aussi veiller à ce que le légitime désir qu’ont les séminaristes de se retrouver ensemble par affinité ne les enferme pas dans un rôle clérical, mais les stimule à s’ouvrir aux chrétiens de différentes sensibilités. Au séminaire d’Issy-les-Moulineaux, nous avions dû demander à un jeune séminariste religieux de renoncer à porter son habit religieux car cela le poussait inconsciemment à jouer un rôle au milieu des autres et l’empêchait d’être “un parmi les autres”, ayant lui aussi à apprendre à progresser au même titre que les autres. Cela peut sans doute éclairer la décision de l’évêque de Toulouse qui souhaite que ses futurs prêtres ne s’enferment pas dans un rôle clérical…


Paradoxalement, la multiplicité d’expression des diverses sensibilités sur les réseaux sociaux rend la construction de l’unité toujours plus nécessaire et plus complexe. Chacun de nous a un rôle à jouer dans cette construction en essayant de ne pas alimenter les polémiques, mais en étant acteur de cette unité autour de lui.

Henri de La Hougue