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Il y a 150 ans… Émile Signol

Il y a 150 ans… Émile Signol

Le 1er avril 1876, La « Chronique des arts et de la curiosité », supplément à la Gazette des Beaux-Arts publiait, au numéro 14, l’article suivant :

« M. Signol, membre de l’Institut, vient de terminer, dans l’église Saint-Sulpice, le travail dont il s’occupait depuis douze ans. Ce travail consiste en quatre tableaux mesurant neuf mètres de hauteur sur cinq de largeur et occupant les quatre parois du transept de l’église. (…) dès aujourd’hui, nous croyons devoir signaler le Christ sortant du tombeau comme une des figures les mieux trouvées et les plus impressionnantes de la peinture contemporaine ».

150 ans après, nous avons la joie de redécouvrir ces 4 peintures murales, qui viennent d’être restaurées et rendent aux transepts non seulement leur lumière, mais aussi leur spiritualité.

Émile Signol (1804 – 1892) a été élève de l’École des Beaux-Arts, tout près d’ici. Il obtient en 1830 le prix de Rome. Il a contribué à la décoration d’une dizaine d’églises parisiennes dont La Madeleine, Saint-Roch, Saint-Louis-d’Antin, Saint-Eustache, Saint-Séverin et Saint-Sulpice.

Les peintures murales de Saint-Sulpice sont celles de la maturité, puisque Signol avait 72 ans à la fin du chantier.

Les deux peintures du transept nord sont axées sur la Passion :

– “La trahison du Christ par Judas” (Cf. TF 6.09.2026) est l’accomplissement des prophéties annoncées principalement par Jérémie, qui préfigure le messie persécuté : « Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir, et je ne savais pas qu’ils montaient un complot contre moi » (Jr 11, 19), mais aussi par Baruch : « Honte pour l’homme de Juda et les habitants de Jérusalem, pour nos rois et nos chefs, pour nos prêtres, nos prophètes et nos pères ; oui, nous avons péché contre le Seigneur » (Ba 1, 11-17), et Michée : « À coups de bâton, on frappe à la joue le juge d’Israël » (Mi 4, 1 ). Leur prophétie est résumée par la phrase rédigée au-dessus des prophètes « Le Christ, le Seigneur… a été pris à cause de nos péchés ! »

– La crucifixion de Jésus avec les deux larrons” met en valeur la figure du Christ, roi des juifs, qui, alors qu’on tire au sort son vêtement (Ps 21, 19) et que tout semble perdu est en fait paradoxalement en train

d’accomplir le royaume de Dieu : « Son empire s’étendra de plus en plus et la paix qu’il établira n’aura pas de fin ». Isaïe (au centre) avec les chants du serviteur souffrant (Is 42.49.50.52) est le prophète qui permet de déchiffrer ce salut paradoxal apporté par la passion. Il est entouré par Nahum (à gauche) et Habacuc (à droite) qui, tout en annonçant la chute de ceux qui assiègent le peuple d’Israël, rappellent que « le Seigneur, forteresse au jour de la détresse, protège ceux qui se réfugient en lui » (Na 1,7) et que Dieu va venir sauver son peuple en sauvant son Messie (Ha, 3,13). Un quatrième prophète, de dos, sans nom visible, vient sans doute représenter l’ensemble des autres prophètes qui implicitement annoncent l’œuvre messianique du salut.

Les deux peintures du transept sud sont celles de la gloire avec :

– “Le tombeau qui s’ouvre et Jésus ressuscité” qui apparaît avec deux anges, au milieu des gardes endormis ou prostrés. Le Christ réalise ainsi la grande prophétie d’Ezéchiel sur les ossements desséchés qui retrouvent vie (Ez 37) et préfigure la résurrection de toute l’humanité. Il accomplit aussi les prophéties d’Aggée pour qui le « nouveau temple » abritera toutes les nations et sera un lieu de paix (Ag 1-2) et celles de Daniel qui annonce un royaume venu de Dieu, « qui ne sera jamais détruit » (Dn 2,44).

– “L’ascension”, où Jésus retourne auprès du Père après avoir accompli sa mission, manifeste clairement le mystère de la Trinité : Dieu le Père attend de voir son Fils trôner à son côté et étendre avec lui le don de l’Esprit-Saint à toutes les nations, grâce à la prédication de nous tous, disciples de Jésus, qui sommes envoyés, à la suite des apôtres, dans le monde entier pour annoncer la bonne nouvelle du salut.

150 ans après leur réalisation, ces peintures murales de Signol viennent apporter un éclairage central sur ce qui se passe à la croisée du transept : le mystère de l’Eucharistie qui nous unit par la passion et la résurrection au Dieu Trinité. 

Au nom de tous les paroissiens, j’exprime ma très profonde reconnaissance à la famille Pinault pour son très généreux mécénat, ainsi qu’aux équipes de restaurateurs pour leur magnifique travail, et je vous invite tous à prendre le temps de contempler ces peintures pour approfondir le mystère de notre salut.

Henri de La Hougue