Le pouvoir de donner sa vie

Le pouvoir de donner sa vie

A ce moment de l’année, les prêtres sont très mobilisés par les préparations au mariage qui nous occupent plusieurs soirées chaque semaine. C’est l’occasion de faire découvrir aux fiancés la belle formule de l’échange des consentements : « je me donne à toi et je te reçois pour t’aimer fidèlement tout au long de ma vie dans le bonheur ou dans les épreuves ».

C’est le mystère de l’amour où l’autre passe en premier. Là où la société de consommation pousse à dire : « je prends le maximum et je donne le moins possible », l’amour dit tout le contraire : « je te reçois et je me donne à toi entièrement »…

Le vrai pouvoir de l’amour

Le véritable amour est libre, il est gratuit. C’est le vrai pouvoir de l’amour :

  • Le pouvoir d’envisager sereinement les épreuves à traverser, parce qu’on se sait aimé.
  • Le pouvoir de regarder l’avenir avec espérance, parce que l’aventure va se vivre à deux.
  • Le pouvoir de donner sa vie sans rien en perdre, puisqu’en donnant sa vie, celle-ci devient encore plus féconde.
  • Le pouvoir de recevoir la vie dans les enfants qui naîtront et qui viendront régénérer toute la famille.

C’est à la lumière de cela, que je vous propose de relire cet évangile du bon pasteur et de comprendre la force de cette affirmation du Christ : « ma vie, j’ai le pouvoir de la donner ». Le bon pasteur est celui qui connaît ses brebis et que ses brebis connaissent : connaître c’est dans la Bible avoir une relation d’intimité et parfois le mot est même utilisé dans le sens d’avoir des relations sexuelles : « Adam connut Eve et elle devint enceinte » (Gn 4,1). Ici ça n’est pas le cas, mais il s’agit bien d’une relation d’amour intime. Contrairement au mercenaire, ses brebis comptent, pour le bon pasteur, elles ont du prix à ses yeux, parce qu’il les aime personnellement et intimement.

Le pouvoir de donner sa vie

Parce que le Christ est le bon pasteur qui aime tous les hommes, il a le pouvoir de donner sa vie :

  • Il est infiniment libre par rapport au danger et à la mort.
  • Il est infiniment libre face aux événements : il a déjà choisi de donner sa vie et donc de rester avec ses brebis. Il leur donne la priorité, quoi qu’il lui en coûte.
  • Il est infiniment libre de donner sans retour.
  • Il est libre de rejeter toutes tentations de repli sur lui-même, de fuite, ou encore de manipuler les autres pour les forcer à l’apprécier.

Il a le pouvoir de donner sa vie

  • Il a le pouvoir de faire confiance.
  • Il a le pouvoir de nous dire « j’ai besoin de toi » parce qu’il compte sur nous comme nous comptons sur lui.
  • Il a le pouvoir d’utiliser nos cinq pains et deux poissons pour nourrir cinq mille hommes ; de faire le choix de d’utiliser nos maigres ressources humaines pour donner la vie au monde.
  • Il a le pouvoir de choisir des apôtres et des disciples parmi des gens simples et peu fiables, alors que sa mission est de sauver le monde.
  • Il a même le pouvoir de devenir dépendant de nous par amour, parce qu’il choisit librement de nous aimer… et quand on aime pour de vrai on devient dépendant.

Le pouvoir de la recevoir à nouveau

Il a le pouvoir de recevoir cette vie, à nouveau, après l’avoir donnée.

  • Parce qu’il comprend la fécondité de son amour et la perçoit déjà quand il voit des Zachée, des Lévy, des Marie-Madeleine, des païens qui s’ouvrent à la vie de Dieu et qui reçoivent déjà la vie en abondance.
  • Parce qu’il sait que tout lui a été donné et que l’amour du Père est infiniment fécond.
  • Parce qu’en ne s’accrochant à rien, il est libre de tout recevoir.
  • Parce qu’en se remettant entre les mains du Père, il sait qu’après la mort il y aura la vie éternelle.

Il m’est arrivé que des fiancés me demandent si ce qu’ils vivaient entre eux avaient quelque chose à voir avec ce que je vivais avec Dieu dans mon célibat consacré. Je leur ai dit que oui :

  • Beaucoup d’éléments de réflexion de la préparation au mariage sur l’altérité, l’amour, la fidélité, la fécondité, l’indissolubilité… me nourrissaient dans ma vie de prière.
  • Je leur ai dit que chaque jour dans ma prière, je redis cette formule de l’échange des consentements en m’adressant à Dieu : « je me donne à toi et je te reçois pour t’aimer fidèlement, dans le bonheur ou dans les épreuves, tout au long de ma vie.

Et si je peux le dire c’est parce que c’est une réponse au Christ bon pasteur, qui en ayant eu le pouvoir de donner sa vie, m’a donné ce pouvoir de la lui donner à mon tour et nous donne à tous ce pouvoir aujourd’hui.

Seigneur, je me donne à toi et je te reçois pour t’aimer fidèlement tout au long de ma vie

Alors, pour conclure j’ai envie de vous dire, comme dans la 2ème lecture : « Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés « enfants de Dieu » – et nous le sommes ». Il nous l’a manifesté par son Fils, le Christ, le bon pasteur. En réponse à cet amour, je vous invite à le dire aujourd’hui dans votre prière : « Seigneur, je me donne à toi et je te reçois pour t’aimer fidèlement, dans le bonheur ou les épreuves, chaque jour de ma vie. » Amen