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Un dialogue de salut

Un dialogue de salut

Il y a l’idéal promu par notre société de consommation : la quête de bonheur individuel, de confort, de possession de biens matériels de dernier cri, le progrès technologique qui apporte nécessairement plus de confort et de richesse, des solutions de bonheur à court terme proposées par les influenceurs ou l’intelligence artificielle pour une vie meilleure sans effort.

Et puis, il y a la réalité : le combat de la vie qui nécessite de faire des études pour trouver du travail, de travailler pour vivre ou parfois simplement pour survivre, les difficultés à se loger, la pauvreté qui touche de plus en plus de monde autour de nous, les grèves, les conflits sociaux, les violences, l’augmentation constante du prix des biens de première nécessité et la diminution visible du pouvoir d’achat…

Comment vivre ce tiraillement lorsque l’on est jeune et qu’on n’a pas le recul nécessaire pour prendre de la distance par rapport à l’idéal promu par la société de consommation dans laquelle nous plonge de manière permanente la publi-cité ciblée des réseaux sociaux ?

Le malaise social qui affecte aujourd’hui notre pays trouve ici des racines profondes qui ne nécessitent non seulement de « panser des plaies », mais encore de travailler à la racine pour ré-ancrer les jeunes dans la réalité d’un monde exigeant et difficile, où il faut vraiment se retrousser les manches afin de reconstruire les liens de solidarités qui sont devenus trop rares ou trop ténus pour croire en l’avenir de notre société.

Nous n’avons pas à tout attendre de nos responsables politiques ou de nos structures institutionnelles, comme s’ils étaient la cause de tous les maux et avaient des solutions miracles à proposer. Ils sont eux aussi, comme chacun d’entre nous, touchés par cette crise institutionnelle et identitaire. L’endettement de la France va affecter à long terme notre économie, nos possibilités de croissance et toutes les structures éducatives et sociales. Nos ressources existent, mais elles sont d’abord humaines : tout le monde doit se retrousser les manches, chacun à son niveau pour :

  • prendre de l’autonomie par rapport au mythe de la société de consommation et aux réseaux sociaux qui nous y maintiennent ;
  • privilégier tout ce qui nous ouvre à l’altérité et à la solidarité : par exemple, l’étude et la culture qui ouvrent notre univers mental aux autres, la participation à des mouvements, groupes ou clubs qui développent les activités collectives et solidaires, le logement en colocation pour les jeunes, l’entraide et le dialogue social dans les entreprises… ;
  • s’entraider à affronter ensemble les défis de notre planète et de notre société ;
  • s’engager à contribuer au bien commun, en respectant le bien de chacun et les règles qui régissent notre pays et constituent un cadre nécessaire pour avancer tous ensemble.

La foi chrétienne est une ressource précieuse pour être ce “ levain dans la pâte ” dont parlait Jésus. Elle ouvre à l’altérité, elle ouvre à l’espérance et elle ouvre à la charité. Les chrétiens, qui ont la chance de pouvoir trouver dans l’Église un vrai soutien qui charpente leur vie et leur donne un horizon, sont ceux que le Seigneur veut envoyer au monde pour être sel de la terre et lumière du monde, pour épauler ceux qui peinent à trouver leurs repères.

La méthode pour y parvenir est celle que saint Paul VI nommait, en 1964, dans son encyclique sur l’Église le “dialogue de salut” : « ni une fuite de la société, ni une condamnation, ni la recherche d’instauration d’un contre-pouvoir, mais un dialogue de bonté basé sur l’expérience du long dialogue patient que Dieu a eu avec l’humanité, pour lequel il a envoyé son Fils unique et qu’il a encore avec chacun d’entre nous ». (cf. Ecclesiam Suam, 80-85).

Forts de notre foi, conscients des talents que nous avons reçus, n’hésitons pas à prendre une part active dans ce dialogue du salut pour œuvrer à la société de demain.

Henri de La Hougue

James Tissot (Nantes, France, 1836–1902, Chenecey–Buillon, France). The Pharisees and the Saduccees Come to Tempt Jesus (Les pharisiens et les saducéens viennent pour tenter Jésus), 1886–1894. Opaque watercolor over graphite on gray wove paper, Image: 7 1/2 x 11 3/16 in. (19.1 x 28.4 cm) Sheet: 7 1/2 x 11 3/16 in. (19.1 x 28.4 cm). Brooklyn Museum, Purchased by public subscription, 00.159.143. (Photo: Brooklyn Museum)